144 nuances de brun

2015 10 08 Stop au FN 2Pourquoi 144 ? Parce que le programme du FN comporte 144 propositions, regroupées selon sept sections, dont les intitulés sont repris ci-dessous. Et pourquoi brun ? C’est juste la couleur qui vient à l’esprit…

La cheffe du FN est une candidate sérieuse pour accéder à la Présidence. Il est donc absolument important que les citoyens connaissent le programme de son parti. En voici une analyse, qui reprend les éléments qui nous semblent les plus saillants. Est-ce une analyse objective ? Nous ne pouvons pas l’affirmer, car notre attitude à l’égard des intentions du FN est critique et inquiète. Les lecteurs sont prévenus !

 

I – Une France libre

D’abord (P1), il s’agit purement et simplement de préparer la sortie de l’union Européenne. W. Poutine souhaite démolir l’UE, D. Trump en rêve également, Daech y travaille : le FN s’engage à le faire ; on va y revenir.

P2 : privilégier les referendums d’initiative populaire. Le FN camoufle à quel point cette procédure, apparemment démocratique, est en réalité à manier avec prudence tant le risque est grand qu’elle soit confondue avec un plébiscite ou que les électeurs répondent à des questions autres que celle qui leur est posée Mais ce n’est pas surprenant, personne ne soupçonne le FN d’être attaché à la démocratie.

P8 : pour promouvoir la liberté, protéger les données personnelles des Français par une obligation de stockage de ces données sur des serveurs localisés en France : ça n’a pas grand-chose à voir avec la liberté, et tant mieux car la localisation des centres de stockage n’offre aucune protection.

P6 : ramener le nombre des niveaux d’administration à trois : commune, département, Etat. Avec le FN, fonçons vers le XIXème siècle ! Qu’il faille simplifier, personne ne le conteste ; mais ce schéma dont les régions et les intercommunalités ont disparu dévoile une ignorance, voire un désintérêt pour la vie économique et culturelle. De plus, quel est le rapport avec la liberté ? Même le texte qui détaille la proposition oublie d’en parler…

 

2 – Une France sûre

On trouve dans ce chapitre ce qu’on attendait : le tout répressif, l’alourdissement des sanctions, plus d’armes, plus de places de prison.

P23 : on ne peut qu’approuver le renforcement proposé des moyens de la justice, mais en notant que le FN ne se préoccupe que des magistrats, et ne déplore que leur laxisme. Pourquoi oublier les locaux, les moyens d’infrastructure, les auxiliaires de justice ? C’est d’autant plus paradoxal que la cheffe du FN entretient ces temps-ci avec les juges un rapport compliqué.

P24 : les frontières nationales sont rétablies, le droit du sol est supprimé (toutefois le FN accepte paradoxalement la naturalisation, en oubliant que ce n’est rien d’autre que l’application du droit du sol). Le solde d’immigration est plafonné à un niveau microscopique (10000 par an).

La lutte contre le terrorisme est l’occasion de vigoureux mouvements de menton.

P29 à P33 : le FN considère que vis-à-vis des organisations terroristes islamiques, le pays est  en état de guerre. Soit ! Le problème est que si on s’en tient aux méthodes simplistes et surannées qu’il préconise (renforcement des effectifs de lutte, sanctions, répressions), cette guerre on va la perdre.

 

3 – Une France prospère

P35 : pour le FN, la France prospère est une France hexagonale. On annonce le rétablissement d’une monnaie nationale. C’est écrit noir sur blanc. Les rédacteurs se refusent à voir que la sortie de l’euro serait une catastrophe pour le pays et pour ses habitants, avec une cascade immédiate de dévaluations, une inflation galopante portée par le renchérissement des produits et services d’importation. Le FN plante d’ailleurs un clou de plus dans le cercueil de l’économie française en annonçant, en proposition 43, le financement direct du Trésor par la Banque de France, ce qui en langage courant s’appelle le rétablissement de la planche à billets.

Pour tenter une comparaison imagée, la France prospère du FN, c’est le Cuba de Fidel Castro, en supprimant la priorité sociale qui animait malgré tout cette dictature, et en se passant du soutien de l’URSS qui sauvait le pays de l’effondrement.

Cette course au suicide collectif est masquée par une foule de propositions qui abaisse des impôts par-ci, rehausse des prestations par-là, avec un solde négatif abyssal, estimé à 82 milliards de déficit annuel supplémentaire. Avec le programme du FN, la faillite annoncée par F. Fillon en 2007 deviendrait réalité en quelques années. Où est la prospérité ?

 

4 – Une France juste

Sous ce titre, le FN affirme d’abord ses bonnes intentions concernant la santé. Rien de bien nouveau, sauf (P71) la suppression de l’aide médicale d’Etat, qui permet aux étrangers en situation irrégulière mais bénéficiant d’une résidence et de ressources stables d’accéder aux soins. On pouvait s’y attendre, mais où est la justice ?

Vient une série de cadeaux : aux familles modestes (P74, P75 et P76), aux handicapés et à leurs familles (P88 et 89). La planche à billet risque de chauffer…

P87 : le FN prévoit de remplacer le mariage pour tous par une union civile (Pacs « amélioré »). Cette option a été défendue il y a quelques années, mais à présent que la loi est votée, promulguée, appliquée et qu’une majorité massive de Françaises et Français y est soit favorable soit résignée, faut-il s’acharner à déchirer une nouvelle fois le pays en deux ? Au nom de quelle justice ?

 

5 – Une France fière

Ce chapitre est encore plus consternant. Le FN veut réhabiliter (P91, P97) ce qu’il appelle le « roman national ». Mais il semble ignorer que le pays s’est constitué par une suite d’invasions et d’immigrations qui se sont superposées les unes aux autres pendant 2000 ans, sur le fond d’une colonisation énergique (et réussie !) par les Romains.

P92 : il est proposé d’inscrire dans la constitution la « priorité nationale ». Telle quelle, cette mesure est dénuée de sens.

Elle s’ajoute à d’autres telles que l’obligation de pavoiser en permanence tous les bâtiments publics, ou de restreindre l’enseignement de (et donc en) anglais dans les universités ; la malheureuse Constitution hérite encore d’un couplet sur la défense du patrimoine historique, d’un principe prohibant toute communauté… Il se manifeste dans cette liste obsessionnelle de propositions une incompréhension totale de ce qui peut fonder la fierté que l’on évoque : ce n’est pas ce que nos ancêtres ont fait, c’est ce que nous faisons pour rester dignes d’eux, qui peut justifier notre fierté.

En l’occurrence, nos aïeux ont porté avec volontarisme la triple devise de la République. Malheureusement, on a du mal à trouver dans le programme du FN quelque chose qui s’inspirerait de la fraternité.

La proposition 104 promet de revenir sur la réforme des rythmes scolaires ; en quoi ce retour en arrière qui vient comme un cheveu sur la soupe serait-il un motif de fierté ?

 

6 – Une France puissante

P118 : le FN propose bien entendu de quitter le commandement intégré de l’OTAN ; puis de porter le budget des armées à 2% du PIB et même de tendre vers 3%. Pourquoi faire ?  Le FN prône (proposition 121) la construction d’un second porte-avions, et a même l’obligeance de nous informer qu’il sera nommé le « Richelieu ».

En dépit des titres ronflants des paragraphes (« faire respecter la France », « refaire de la France un pays majeur dans le monde »), les capacités d’illusionniste du FN ne sont pas à la hauteur. Rétablir l’ordre ici ou là en Afrique c’est possible et méritoire, mais établir un rapport de force équilibré avec la Russie ou la Chine c’est une prétention ridicule, que la France ait un ou deux porte-avions. La puissance de notre pays, c’est son rayonnement intellectuel, culturel, artistique, son imagination et sa générosité, c’est sa capacité à donner envie à ceux et celles qui y vivent de contribuer à ce rayonnement. Si on veut accéder aux caractéristiques concrètes de la puissance, on ne pourra le faire que comme membre d’un groupe de pays européens soudés dans un projet commun. Et cela, le FN n’en veut pas.

 

7 – Une France durable

La première préoccupation affichée ici par le FN consiste à maintenir la France en tant que puissance agricole. Pour cela il faut être très sourcilleux sur les importations, soulignent plusieurs propositions, mais dans le même temps promouvoir les exportations (proposition  130). Sachant qu’il n’est pas question de conclure des traités de libre échange (proposition 127), la position du FN suppose que nos partenaires commerciaux sont complètement idiots, ce qui est peu probable.

La durabilité comporte évidemment un aspect énergétique. Le FN aime l’hydrogène (un bon point pour lui), pas l’éolien (sans doute parce que ça fait du bruit et gâche le paysage !) mais est un fervent promoteur du nucléaire sans limitation de durée. C’est un choix lourd et extrême, qui pèse sur tout le reste bien que le FN n’en dise pas un mot.

Pour conclure cette section fourre-tout dont on s’épuise à trouver le fil directeur, le FN parle enfin du logement. Comment résoudre la crise ? Pas en s’appuyant sur le logement social locatif en tout cas : en poussant l’accès à la propriété, en baissant la taxe d’habitation (merci pour les ressources des communes) et en musclant l’aide personnalisée au logement.

 

Tout compte fait

On va s’arrêter là. Dans le lot, les lecteurs courageux vont certainement trouver 3 ou 4 idées intéressantes qu’il faudrait creuser. A ces exceptions près, on se trouve devant un assortiment de phrases disparates, souvent désinvoltes, parfois contradictoires. Y a-t-il des tendances dominantes ?

  • Les principes moteurs du FN : hostilité aux étrangers de toutes origines, rejet des musulmans.
  • Un culte du pouvoir et de la force.
  • Une nostalgie du passé réel ou imaginé.
  • Des intentions dangereuses comme la sortie de l’euro.
  • Une frénésie démagogique pour arroser la population de cadeaux fiscaux ou autres, avec à la clef la certitude (cachée !) d’une véritable faillite de l’Etat.

Prenons le projet du FN au pied de la lettre : il invoque une France libre, sûre, prospère, juste, fière, puissante, durable. Même si les moyens envisagés nous semblent le plus souvent détestables, qui peut contester ces objectifs ? Mais la liste d’adjectifs fait aussi ressortir ceux qui sont absents : le concept d’une France unie n’intéresse en rien le FN. Du coup, tout s’écroule ; c’est le Général de Gaulle qui, dans les titres de ses mémoires de guerre (l’appel, l’unité, le salut), résumait l’essentiel : sans unité, il n’est point de salut.

Que se passerait-il si le FN arrivait au pouvoir ? L’expérience américaine actuelle donne des suggestions de réponse. Le FN tenterait d’appliquer son programme ; il aurait du mal dans la sphère économique et dans celle de la géopolitique, parce que l’équipe technique sur laquelle il serait contraint de s’appuyer l’en empêcherait. Mais le FN appliquerait avec ardeur son programme sociétal, celui du repli, de la sanction et de la répression. Le monde du FN serait un monde autoritaire, triste, égoïste, recroquevillé sur lui-même. A coup sûr, les enjeux environnementaux passeraient aux oubliettes comme c’est le cas aux USA, quitte à le regretter amèrement dans vingt ans, mais il sera bien tard.

Pourtant, malgré un programme qui ne tient pas debout, un quart des citoyens français en viennent à considérer le FN comme un recours. Comment les candidats qui portent d’autres  projets peuvent renouer le dialogue avec ces citoyens pour parler des enjeux locaux et globaux ? Et pour leur prouver qu’en politique il n’y a pas que des malhonnêtes, des lâches et des incapables ? C’est cela l’enjeu.

PhW

 

 

 

 

2 Commentaires

  1. robin emmanuel 3 mars 2017 Répondre

    merci
    c’est un excellent travail
    tres clair
    il devait être fait
    beaucoup, comme moi, ne prennent pas la peine de lire les programmes
    je diffuse

    amicalement

  2. robin emmanuel 3 mars 2017 Répondre

    merci
    ce travail devait être fait
    permet à ceux qui ne lisent pas les programmes d’y voir plus clair
    je diffuse

    amicalement

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