A propos de Nice

Ce titre est le nom du premier travail cinématographique, réalisé en 1930, de Jean Vigo, l’un des pionniers visionnaires du cinéma. Ses deux chefs d’œuvre (l’Atalante, Zéro de conduite) datent de 1933 et 1934. Jean Vigo meurt peu après, à 29 ans ; il est enterré non loin de nous, à Bagneux.

Revenons sur les réactions après le carnage abominable qui vient de meurtrir cette ville. Certains d’entre nous ont sans doute été interloqués d’entendre des responsables politiques exiger la démission des responsables gouvernementaux ; d’entendre par exemple Mme Le Pen exiger que le ministre de l’intérieur B. Cazeneuve se retire.

Demander la démission de responsables politiques qui ont subi des échecs, ce n’est pas scandaleux en soi. La responsabilité est un mot lourd de sens et de conséquences. L’histoire de notre pays n’est pas avare d’exemples de personnalités gouvernementales qui ont payé le prix d’un échec ; ainsi d’Alain Savary en juillet 1984, ou bien d’Alain Devaquet en décembre 1986.

Toutefois, autant une réaction de rejet des politiques peut être comprise lorsqu’elle émane de proches des victimes, ou des victimes elles-mêmes survivantes, et qu’elle est portée par l’indignation et le chagrin, autant une telle réaction doit être traitée sans indulgence lorsque des forces politiques tentent sans scrupule d’instrumentaliser à leur profit une tragédie humaine.

Pour autant ne nous fatiguons pas trop à nous indigner : Les faits parlent d’eux-mêmes, et les arroseurs risquent fort d’être arrosés. Ainsi comment le ténor le plus bruyant de l’opposition espère-t-il faire oublier qu’en tant que ministre de l’intérieur il s’était appliqué avec constance à dénaturer et disloquer les services de renseignement et de sécurité, sans aucune capacité à anticiper l’évolution de leurs missions ? Ainsi les propos belliqueux tenus sur l’insuffisance des forces de sécurité nationale à Nice ne parviendront pas à cacher que dans cette ville, dont la municipalité a fait la mieux quadrillée de France en vidéosurveillance,  personne ne semble avoir remarqué la circulation répétée les 13 et 14 juillet d’un poids lourd, circulation autant visible que choquante parce qu’illégale…

On pourra donner acte à l’exécutif qu’il a réagi avec dignité, et le souci d’éviter la polémique. C’est du reste dans ce contexte qu’il faut apprécier la prolongation de l’état d’urgence, mesure adoptée sous une pression extrême de l’opinion publique et de l’opposition, sans conviction pourtant sur son efficacité réelle.

Probablement, cette absence de conviction est perçue, et contribue à l’inquiétude générale, d’autant plus que l’opposition ne peut se faire d’illusion : les critiques et les mouvements de menton qu’elle a eu tendance à multiplier ne récoltent guère que le scepticisme.

Mais alors que faire ?

On ne trouvera pas de recette magique dans les textes qui alimentent ce blog. Pourtant, on peut rappeler deux ou trois idées simples : il faut « parler vrai », comme disait Rocard, et nommer les choses par leur nom. Voici deux exemples :

  • vociférer contre le terrorisme en faisant semblant d’ignorer sa relation à l’Islam, c’est de l’hypocrisie. La relation est incontestable, les terroristes la revendiquent avec éclat. Nous soupçonnons que le véritable projet des terroristes consiste à casser notre société, en dressant massivement les Français non musulmans contre les musulmans. Comment faire échouer ce projet ? Il est impératif de faire disparaître énergiquement l’alibi, la justification par l’Islam dont se parent les terroristes. Si les musulmans, sous une forme ou une autre, ne prennent pas leur part au premier rang de cette prophylaxie, on n’y arrivera pas.
  • Malheureusement nous en sommes loin ; en témoigne le fait qu’encore aujourd’hui l’un des plus grands écrivains vivants, Salman Rushdie, soit sous le coup d’une condamnation à mort (fatwa) édictée par des autorités musulmanes, alors que les assassinats djihadistes sont dans la plupart des cas réprouvés du bout des lèvres.
  • Caractériser sans ambiguïté la menace qui pèse sur nous. Le pays est-il en guerre ? C’est ce qu’a dit le chef du Gouvernement. Mais alors, si c’est vrai, notre histoire depuis plus de deux siècles nous enseigne que la victoire ne peut pas être obtenue uniquement par une armée de professionnels « hors sol » ; la victoire exige l’engagement de toute la population. Il n’est pas question aujourd’hui de l’armer, et surtout avec des armes létales ; mais de mobiliser sa vigilance pour aider à détecter à temps les agents de l’ennemi, qui sont les héritiers de ceux que l’on avait désignés, au siècle dernier, par le nom de « cinquième colonne ».

Si l’autorité est nécessaire, elle n’est légitime que moyennant la sincérité et la cohérence. Les responsables politiques prendront-ils conscience de cet impératif ?

Sous le feu du terrorisme, les ancrages idéologiques s’estompent. Alors que la droite se définit par une priorité absolue accordée à la liberté (par rapport à l’égalité), la voici qui clame la nécessité d’amplifier les mesures sécuritaires dont certaines, inévitablement, restreindront les libertés individuelles et collectives.

La gauche n’est pas en reste ; quand sa boussole de la lutte pour l’égalité ne suffit plus à la guider, elle se perd en contradictions.

Jean Vigo, qui en 1930 ne pouvait concevoir les atrocités djihadistes à venir sur la Promenade des Anglais, pointait avec force et talent les inégalités sociales. Autre ennemi, moins meurtrier en apparence mais tout aussi dangereux, qu’il faut contenir sans relâche.

PhW

1 Commentaire

  1. Karine Bois 1 août 2016 Répondre

    Un article de grande qualité comme le sont tous les articles de ce blog. Une analyse pertinente : il est effectivement très urgent que les français de confession musulmane suivent ceux d’entre eux qui s’expriment avec une grande lucidité depuis quelques jours. L’appel signé des 40 personnalités musulmanes est un grand pas en avant. On ne peut que regretter bien évidemment que ce soit les évènements de Saint Etiéne du Rouvray qui provoquent cet elecctro-choc : espérons que les coutumes archaïques encore bien présentes dans l’ensemble des cultes et qui n’ont plus de sens au XXI siècle se réforment en profondeur. On citera en priorité l’égalité femmes hommes. Mais est-ce au politique de s’en mêler, en théorie non mais quand il s’agit de préserver la cohésion au sein de la seule communauté qui pour moi existe, à savoir la communauté nationale et républicaine, c’est sans doute important voire nécessaire. Quant aux politiques et notamment les élus locaux qu’ils se remettent aussi en cause : tomber dans le piège du clientélisme qui les amène y compris à laisser passer le non respect de la Loi, notamment sur le port du Niqab, se referme toujours un moment où à un autre sur eux et au détriment de tous.

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