Circuler doucement à Clamart

2016 07 11 CIRCULATION DOUCESEn 2010, Clamart avait reçu le « guidon d’or » attribué par la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB), récompensant une commune ayant eu des actions particulièrement remarquables en faveur du développement de la circulation des vélos. Notre ville est-elle appelée à être de nouveau récompensée, mais cette fois en recevant le trophée inverse, celui du « clou rouillé », décerné à une commune pour « épingler ce qu’il ne faut pas faire » ?

Le vélo en ville : des bénéfices bien établis

Circuler à bicyclette, c’est gagnant pour tout le monde.

Chacun sait que vis-à-vis de l’environnement, le vélo est un moyen de transport peu polluant en comparaison des véhicules motorisés. Les émissions de gaz à effet de serre, comme celles d’autres émanations toxiques (particules fines, oxydes d’azote) issues des moteurs à combustion (sur le site de la ville de Paris, qui se préoccupe de la pollution de l’air, on trouve des chiffres intéressants à ce sujet), sont inexistantes quand on fait du vélo. D’autres nuisances sont aussi concernées : la pollution sonore des véhicules à moteur est bien supérieure à celle des vélos !

Mais les bénéfices ne s’arrêtent pas là. Un récent rapport du commissariat général au développement durable a dressé un bilan socio-économique global du développement de l’usage du vélo pour les transports au quotidien (usage qui a augmenté en ville de 21% entre 2000 et 2010). Ce rapport montre que le vélo est un mode de transport peu onéreux pour l’usager comparé à la voiture individuelle, et peu coûteux pour les finances publiques comparé aux transports en commun (et aussi rapide sur les courtes distances). Sur le plan de la santé, si le risque lié aux accidents à vélo est supérieur à celui encouru par les automobilistes, il est plus que compensé par les autres bénéfices sur la santé (physique et mentale) liés à la pratique régulière, même modérée (20 km par semaine), de la bicyclette. Le bilan socio-économique global des politiques en faveur du vélo mesuré sur 14 villes est positif, très fortement si les transports en commun s’adaptent, plus modestement si ce n’est pas le cas.

Le vélo à Clamart : un parent pauvre des moyens de déplacement 

A Clamart, la situation des circulations douces tend à se dégrader depuis deux ans. On ne pleurera pas sur le petit morceau de bande cyclable supprimé récemment lors de la remise à double sens de l’avenue Jean Jaurès, entre la rue Pascal et la place d’Artachat : les usagers savent qu’il était pratiquement toujours inutilisable, par suite d’occupation par des voitures y stationnant de manière illicite et apparemment tolérée.

On portera au crédit de la municipalité d’avoir accepté l’installation début 2015 du Rayon vert, cet atelier de réparation de cycles qui est aussi un atelier d’insertion, installé au rez-de-chaussée de l’ancien centre culturel Mermoz près du parc Maison blanche dans des locaux prêtés par la mairie. Si le projet, longuement préparé par des associations, n’est pas le sien, la ville n’y a toutefois pas fait obstacle.

En revanche, d’autres situations concrètes illustrent la dégradation des conditions d’usage du vélo à Clamart. Pour commencer on peut citer les abords de la gare. Bien sûr, les cyclistes ne sont pas les seules victimes du chantier actuel. Mais ils sont particulièrement touchés : accès difficile, diminution des capacités de stationnement, disparition des stationnements abrités – sans compter les déplacements sauvages de vélos sans sommation au démarrage du chantier. On peut citer également la modification de la chaussée avenue Jean Jaurès en 2015 ; visant à augmenter les places de stationnement pour les voitures, elle s’est traduite par une détérioration des conditions de déplacement pour les cyclistes… et les piétons sur les trottoirs ! Enfin, le choix des emplacements des nouveaux attache-vélos (qu’il faut repérer, je doute encore si c’est bien l’usage qui est réservé à ces curieuses petites barrières de style faux-art-nouveau) reste assez mystérieux.

Où en sont les promesses de campagne de M. Berger en matière de cyclisme ? Il promettait de recréer du stationnement en surface, mais existe-t-il un suivi de l’évolution de ce parc ? Le préfet des Hauts-de-Seine, dans son avis sur le projet de PLU de Clamart, note l’absence de mention du parc de stationnement vélo actuel dans le diagnostic initial, ce qui au passage constitue une infraction à la législation… M. Berger voulait aussi implanter Vélib’ à Clamart et mettre à disposition des vélos à assistance électrique : on n’en voit pas l’ombre pour le moment. Enfin la dernière promesse ne manque pas d’ambition : créer des garages à vélo sécurisés dans tous les quartiers pour faciliter ce mode de déplacement, et doter la gare d’un atelier de réparation. Ah ah ah ! Une partie de ces promesses est reprise dans le PADD du PLU, mais qui y croit encore ?

La dégradation concrète et immédiate de la situation pour les cyclistes illustre ainsi plus que des coïncidences malheureuses. C’est bien plutôt la traduction du sort que la mairie réserve de fait aux circulations douces, en dépit des promesses : le minimum. Ainsi la mairie n’a pas souhaité donner suite aux sollicitations de l’association Les dérailleurs de Clamart pour l’organisation d’une bourse aux vélos en 2016. Sur le site de l’association, qui depuis de nombreuses années développe une politique exigeante mais constructive pour le vélo en ville, on constate qu’en 2015 « la place du vélo à Clamart n’a pas progressé », et que les relations avec la mairie sont difficiles. Au-delà de cette faible prise en compte de l’expertise des usagers, quelle est l’intention de la mairie en termes de contribution au plan local de déplacement ? Un guide de 168 pages en ligne regorge d’informations et d’idées pour construire ce document essentiel permettant d’avoir une approche raisonnée des déplacements à l’échelle d’une commune ou d’un ensemble de communes. Quelqu’un sait-il si la commune, ou la communauté de communes, s’en préoccupe ? Ce serait une occasion de réfléchir au rééquilibrage de la politique de déplacement à Clamart, orientée sans nuances à l’heure actuelle vers les véhicules motorisés. C’est aussi sans doute l’avis du préfet : dans le document déjà cité relatif à la révision du PLU et visible sur le site de la ville, il pointe l’inflation du projet de PLU vis-à-vis des places de stationnement privé, qui va à l’encontre de « l’apaisement » des déplacements visé par le PLU.

Hélas… On apprend que le 28 juin (délibération 14), le conseil de territoire Vallée Sud – Grand Paris (comprenant Clamart) a voté la fin de la subvention aux vélos à assistance électrique, sur la base d’un argumentaire fallacieux… Et qui est président du conseil de territoire ? Le maire de Clamart. Pas d’espoir, donc, à entretenir du côté du territoire !

Et pourtant la Région montre la voie !

Pourtant, M. Berger devrait se préparer à faire davantage de place au vélo. En complément de ce que la ville de Paris a déployé depuis plusieurs années, la région Ile-de-France, dont le maire de Clamart était élu, vient de concocter un « plan vélo régional », qualifié d’ambitieux. C’est un élément (voir page 45) du plan régional pour la qualité de l’air, et qui vise à :

  • Assurer la continuité des principaux itinéraires de pistes cyclables et traiter les coupures et les obstacles à la circulation des vélos
  • Développer l’usage du vélo comme mode de rabattement sur les gares et stations du réseau de transports en commun, mais aussi comme mode de déplacement à part entière pour accéder aux lieux de travail, établissements scolaires, sites de loisirs
  • Développer les équipements de stationnements sécurisés notamment pour les vélos à assistance électrique
  • Aider au développement des services dédiés pour consolider un véritable système économique autour du vélo (tourisme, construction, réparation, formation, entretien, aide à l’usage, revente, station de gonflage, marquage des vélos…).
  • Intégrer les usages du vélo pour les livraisons (vélo cargo…).
  • Aider au développement des services vélo dans les entreprises (locations, flottes vélo, VAE…).
  • Accompagner les projets d’actions en faveur du changement de comportement
  • Participer à des actions de sensibilisation et de pédagogie autour du vélo

Cette liste d’objectifs semble très pertinente ; par exemple ce qui concerne les VAE (vélos à assistance électrique) dont l’expansion représente pour notre commune (vallonnée) un véritable enjeu.

Il y a parfois loin de l’intention à la réalisation, et on verra quelles sont les actions concrètes finalement retenues par nos élus régionaux. Mais quoi qu’il en soit, M. Berger ne devrait-il pas se préparer à intégrer cette politique ? Or on n’en voit pas le début de la réalisation. Clamart sera-t-elle la mauvaise élève au sein de la propre majorité politique de l’équipe municipale ?

Pour conclure, voici une suggestion constructive. L’Institut pour la Formation des élus territoriaux (IFET) et l’association des Départements et Régions cyclables (DRC) organisent (voir page 141 du programme de l’IFET) des journées de formation sur les politiques cyclables à destination des conseillers départementaux, conseillers intercommunaux, élus locaux, conseillers régionaux, cadres territoriaux des services aménagement… La dernière était le 28 juin. Nos élus y ont-ils pensé ? Sinon, il y en aura d’autres ; il est encore possible pour la mairie de Clamart et le territoire Vallée sud de rejoindre le peloton !

Thierry Doré

2 Commentaires

  1. CATTO 19 juillet 2016 Répondre

    Merci pour cet exposé plutôt complet.
    La « non  » politique du maire en faveur du deux-roues vient en contradiction avec son ambition de faire venir un camp d’entraînement des jeux olympiques à Clamart en 2024!!! Vouloir faire venir des sportifs de haut niveau, alors qu’on décourage la pratique sportive quotidienne en réduisant les espaces réservés.
    Dommage aussi que les élus Clamartois ne se déplacent pas non plus en vélo, ils verraient à quel point certains endroits de la ville sont « sales », là ou les voitures ne peuvent passer…
    EC

  2. THALER Sylvie 25 janvier 2017 Répondre

    Je suis d’accord avec votre article: moi qui travaille à Paris et transite par Clamart en vélo depuis plus de 20 ans pour me rendre à Meudon, la situation pour les cyclistes se dégrade, après avoir été très en avance par rapport aux communes voisines!

    Je suis tombée sur votre article par hasard (votre article est référencé chez les « Dérailleurs de Clamart »)! En fait, je cherchais à savoir s’il n’existait pas un projet d’aménagement, à court terme, du boulevard des frères Vigouroux; à savoir si la mairie de Clamart n’avait pas envisagé de profiter des travaux de la gare pour créer une piste cyclable en sens inverse de la circulation ‘unique’ du boulevard des Frères Vigouroux, dans le sens montant, dans le prolongement du boulevard de Stalingrad à Malakoff.

    Une petite voie cyclable matérialisée le long des parkings aurait été la bienvenue quand on vient de Paris après avoir quitté la voie verte à Malakoff. Maintenant, nous sommes obligés de remonter la côte très chargée et très polluée de l’Avenue de la Paix pour rejoindre la rue de Fleury et la rue du Pont d’Amour.
    A la lecture de la Lettre ouverte du 1er septembre 2016 adressée au Maire de Clamart par les « Dérailleurs de Clamart » et de votre article, je me rend compte que Mr Berger (et son équipe municipale) fait autant la sourde oreille que Mr Marseille, maire de Meudon: ici, c’est le NEANT!!!!! L’excuse: la topographie!!

    Ne pouvant m’adresser aux « Dérailleurs de Clamart » (leur site-contact est actuellement pollué de logiciels malveillants), je me suis dit que vous pourriez leur transmettre ce message et leur suggérer l’idée! Qui sait, peut-être avez-vous d’autres moyens de les contacter?
    Peut-être ont-ils déjà été interpellés sur ce sujet (je vois pas mal de cyclistes remonter le boulevard des frères Vigouroux à contre-sens, ce qui est assez dangereux (!), ou utiliser le trottoir, ce qui n’est pas très confortable (!) vis à vis des piétons. Néanmoins, j’essaierai de les contacter ultérieurement quand leur site sera de nouveau accessible.
    Bien cordialement.

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