La gauche de contestation

Du côté de la gauche de la gauche

Jean-Luc Mélenchon, sa présence sur l’estrade et son talent oratoire redoutable captent toute la lumière. Pour autant, il ne serait pas équitable d’ignorer la présence de Nathalie Arthaud, candidate de L.O. (Lutte Ouvrière), candidate communiste selon son expression, et de Philippe Poutou, candidat du N.P.A. (Nouveau Parti Anticapitaliste), finalement présent dans la course..

C’est certainement Nathalie Arthaud qui fait preuve de la plus grande pureté doctrinale. Le camp des travailleurs, qu’elle incarne, concentre son énergie sur la lutte contre le capitalisme, et ses objectifs sont focalisés sur l’emploi et les salaires. Pour donner des exemples, Lutte Ouvrière ne semble pas avoir d’intérêt pour les enjeux environnementaux et/ou climatiques, ni pour la culture, etc.

La référence au communisme n’est pas un vain mot : ceux et celles d’entre nous dont les cheveux grisonnent retrouveront une rhétorique familière, celle du regretté Georges Marchais (bien que la candidate stigmatise son reniement du camp des travailleurs par une alliance avec F. Mitterrand…). Les priorités énoncées conduisent bien sûr à sortir de l’Union Européenne, à exproprier les banques, à ignorer les déficits publics. Mais il ne s’agit pas de construire un projet politique pour la France, il s’agit principalement de contester la situation existante.

« Nos vies, pas leurs profits« , proclame Philippe Poutou. L’axe central du programme reste, tout comme pour Nathalie Arthaud, le combat contre le capitalisme. Des sujets un peu plus larges sont abordés : les services publics, l’islamophobie, les droits des femmes… Se fait jour aussi une forte sensibilité internationaliste, pour l’Europe et au-delà. Ainsi, la querelle idéologique d’il y a un siècle entre Staline et Trotski reste vivante dans l’élection présidentielle française ! Mais Philippe Poutou, au-delà de la tonalité contestataire, appelle à un processus énergique de transformation, en concluant que « c’est dans la rue que ça se passe ». Pour la suite, pas plus que la candidate de LO, il ne se prépare sincèrement à gouverner.

 Du côté de la gauche de la gauche, suite

On en vient au candidat de la France Insoumise et à son programme, l’Avenir en commun. Alors que les autres candidats mettent à disposition un document téléchargeable, Jean-Luc Mélenchon propose trois options plus compliquées : un livre (trois euros en librairie), un fichier audio (téléchargeable, mais on nous avertit que l’écoute prend trois heures), ou bien une table des matières dans laquelle on peut piocher successivement et consulter telle ou telle proposition. Le menu est copieux : de trois à dix propositions pour chacun des 83 chapitres, regroupés eux-mêmes en sept sections.

En comparaison avec les deux précédents, le programme de la France Insoumise manifeste une réelle connaissance des mécanismes de la vie économique et de la vie politique. On trouve aussi un volet environnemental vigoureux et, plus inattendu, un plaidoyer ardent pour le développement de la conquête spatiale notamment avec des vols habités.

Pour autant, le vocabulaire et l’expression restent imprégnés d’hostilité vis-à-vis du capitalisme (c’est-à-dire de l’économie de marché) et des entreprises. La France Insoumise manifeste aussi une aversion impitoyable au regard de l’Union Européenne telle qu’elle est, et liste des conditions de maintien dans l’UE qui n’ont aucune chance d’être acceptées même comme base de discussion, que ce soit par les peuples des autres nations européennes ou par leurs représentants.

Alors la candidature de la France Insoumise ne serait-elle comme les deux précédentes qu’une candidature de protestation ? On trouve un élément de réponse dans le chapitre 26 (« Construire un nouveau statut protecteur pour les travailleurs : la Sécurité sociale intégrale »), dont voici la troisième proposition :

« Établir le droit opposable à l’emploi, en faisant de l’État l’employeur en dernier ressort : en cas de chômage de longue durée, l’État doit proposer un emploi au chômeur en lien avec sa qualification, sur une mission d’intérêt général. L’indemnisation par l’allocation chômage se poursuit jusqu’à ce qu’un tel emploi soit proposé par l’État ».

Le lecteur trouvera ici l’occasion de rafraîchir sa mémoire sur l’expérience des Ateliers Nationaux, entre mars et juin 1848. Cette expérience a pris fin pour des raisons de principe qui méritent d’être discutées, mais a d’abord été asphyxiée par le nombre (115 000) des chômeurs, qu’elle a été incapable d’accueillir et gérer. Ici les difficultés qu’on rencontre sont également, avant tout, quantitatives. Recruter quelque deux millions de personnes (les chômeurs de longue durée), soit gonfler de 30% les effectifs des trois fonctions publiques ? Leur proposer des emplois en lien avec leurs qualifications ? Sur des missions d’intérêt général ? Avec une rémunération minimale égale au SMIC bien sûr ? A chacun d’apprécier la crédibilité de ce projet.

Chacun peut réfléchir aux missions d’intérêt général imaginables, et aussi faire quelques règles de trois, pour se convaincre que cette proposition n’est pas applicable.

Cet exemple suggère donc que la France Insoumise ne propose pas non plus, en l’état, un programme avec l’ambition de l’appliquer. Les choses sont ainsi clarifiées : que cela fasse plaisir ou non, il s’avère que pour la présidentielle de 2017, une seule candidature représente la gauche de gouvernement, et c’est celle de Benoit Hamon.

Des électeurs s’expriment

Une caractéristique intéressante du site de l’Avenir en Commun est qu’il héberge, pour chaque proposition, un forum de discussion. Venez découvrir vos concitoyens sur ces forums. On y trouvera des exaltés, des déçus, des amers, des violents, des enthousiastes, des rêveurs, des jusqu’auboutistes. Et puis de temps à autres surviennent des intervenants qui essayent timidement de signaler que la vie est compliquée, que les lois existent, que quand on a pris des engagements ne pas les respecter peut créer des soucis, qu’il faut faire attention au sens des mots, aux conséquences cachées de ce qui est décidé… En bref des personnes qui seraient bienvenues à ID Clamart !

Reçues comme d’inadmissibles compromis avec la réalité, souvent ces interventions tombent dans l’ignorance ou suscitent la méfiance. Mais parfois d’autres intervenants s’en emparent, et on peut penser qu’ils les incorporent à leurs réflexions. Allons, dans le pays de Descartes, de Camus et de Zola, l’avenir n’est pas si noir qu’il y paraît.

PhW

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