Pour Michel Rocard

« Les morts sont tous de braves types » chantait Georges Brassens (Le temps passé, 1961). Il y a beaucoup de vrai dans cette remarque ironique !

La disparition de Michel Rocard donne envie d’aller plus loin. En dépit de l’amoncellement d’hommages qui proviennent de tous les horizons et se font écho, on a le sentiment que tout n’a pas été dit.

Rocard, c’était un intellectuel, et dans le même temps capable de plonger dans l’action, et de se regarder agir, de se juger en train d’agir. Et d’agir efficacement : les trois accomplissements les plus marquants de ses gouvernements (la pacification en Nouvelle Calédonie, le RMI, la CSG) sont des réussites durables. En 1991, il avait entamé un nouveau et lourd chantier, le renouveau du service public, dont il savait qu’il nécessiterait des années. Comme on sait, le temps nécessaire ne lui a pas été donné : le chantier, si indispensable, attend toujours que les ouvriers reviennent.

Rocard, viscéralement attaché aux valeurs républicaines, ne s’en contentait pas. Comme Pierre Mendès-France dans la filiation duquel il se plaçait, la vérité guidait ses pas, ainsi que la droiture.

Il est fréquent que l’on résume le rôle de Rocard à celui du « héraut de la deuxième gauche », comme le rappelait le site du Figaro il y a quelques jours. Cette manie des sigles et des catégorisations nous aura fait bien du mal. Néanmoins, la tension à gauche de l’échiquier politique français entre les réformistes, au premier rang desquels il se situait, et les « contestataires », correspond à une réalité indiscutable.

De ce fait, dans la pluie unanime des hommages, certains ne seront peut-être pas totalement sincères… Il est bon pourtant d’ajouter que des réformistes tels que Rocard, qui ont fait la preuve concrète de leur capacité à réformer, qui ne trichent ni ne mentent, qui sont passionnément ouverts au débat et aux échanges, qui conservent une affection pour l’utopie autogestionnaire, qui resituent tous les enjeux dans une vision planétaire ; des réformistes avec ce type de profil, même celles et ceux qui ont des sensibilités différentes peuvent estimer qu’on en manque un peu de nos jours !

Rocard s’est parfois trompé. Mais il avait, à l’instar de Mendès-France, l’obsession d’informer, d’expliquer, de faire comprendre, d’élever le niveau du débat entre les citoyens. Et même, dans les intervalles laissés libres par son débit vertigineux, il savait écouter ! Pour ces raisons, il ne peut pas ne pas appartenir aux figures de référence de notre association.

iDClamart

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